Thèmes de recherche

Configurations sociales métisses comparées en Amérique
Latine
À
l'issue de trois missions, visant à réaliser une ethnographie
comparative des sociétés locales et des relations inter-ethniques dans
la région caraïbe et dans la Sierra Nevada de Santa Marta, il apparaît
que la société noire de la zone de Dibulla (côte caraïbe de Colombie)
ne relève ni du modèle des sociétés marrons isolées, ni de celui
aujourd'hui courant de l'ethnicité ou du néo-traditionalisme religieux
de type africain, ni non plus des formes identitaires interactives
dé-territorialisées en milieu à la fois
rural et urbain. Nous avons proposé le
concept de "configuration sociale métisse" pour cette forme de
sociabilité, constituée de réseaux de parentèle multi-polaires et en
lutte factionnelle virtuelle, dont l'ancrage territorial est à la fois
matrifocal et religieux, grâce au culte territorial des saints et des
morts. Le régime de mémoire et d'historicité et l'organisation
socio-politique, qui débordent les frontières ethniques, régionales et
nationales, font de cette société l'illustration d'une forme de
sociabilité frontalière, non communautaire et non identitaire, rarement
étudiée par l'anthropologie, et qui est peut-être une facette
caractéristique des cultures caraïbes.
Cette
forme de sociabilité transcende les frontières régionales, nationales et sociales, traverse les barrières ethniques et
met l'accent
sur la mobilité commerciale, les migrations et les interactions, et les
partenariats à longue distance. Elle met à profit la compétence
métisse, c'est à dire une capacité à négocier en fonction de différents
jeux de normes selon le contexte et à redéfinir constamment les rôles
sociaux d'une manière interdépendante.
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